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J'apprécie beaucoup Jean-François CONTREMOULIN !
Je l'ai vu commencer à peindre, se confronter à d'autres
dans les salons, se décourager jusqu'à envisager l'abandon.
Mais à chaque fois que je l'ai encouragé à
persister, il revenait meilleur, plus personnel, plus créatif,
au point d'accéder à ce statut enviable de peintre
au vrai talent et de s'imposer en un pur produit de l'art figuratif
contemporain.
Il le ressent et il l'affirme : il vit intensément sa peinture,
l'intègre à lui-même, du portrait aux nus en
passant par sa perception de l'air et des eaux, tel un grand impressionniste,
maître des reflets enthousiastes et frémissants.
Jean-François CONTREMOULIN, pourtant, n'a que faire des
écoles, des tendances : il est l'émotion, la sensualité,
la pulsion et il capte si bien la poésie, la subtilité,
la sensibilité grâce à son geste ample, bien
volontaire, et grâce à l'instinct magique d'une façon
de composer en audace et en révélation qui n'accepte
nul repentir.
D'ailleurs, pour conclure, cet originaire de Bois-Guillaume remporta
il y a peu le grand prix international de la peinture à l'eau
de Trégastel. C'est tout dire !
André RUELLAN, critique
d'art
Un grand amoureux de la vie
Attiré dès son plus jeune âge par les œuvres
des maîtres, Contremoulin gamin collectionnait les reproductions
de tableaux qu'il pouvait débusquer ça et là.
Sa pratique de la peinture remonte donc à l'enfance, période
où il aimait déjà tailler le moindre bout de
bois qui lui tombait entre les mains. Au cours de sa scolarité
primaire, il remporta plusieurs prix de peinture. Organisés
par la maison Lefranc-Bourgeois, les concours en question n'étaient
pas tout à fait anodins. Des artistes célèbres
(comme César ou Carzou) prenaient part au jury. Le petit
Jean-François devait avoir huit ou neuf ans quand il reçut
ces récompenses qui le stimulèrent fortement. En dépit
de ses dons précoces, ses parents néanmoins refusèrent
de l'autoriser à prendre des cours aux Beaux-Arts. Pas d'autre
solution dès lors que d'attendre et de patienter, sans renoncer
en quoi que ce soit à la passion qui le dévorait :
l'amour de la peinture. A 23 ans, Contremoulin trouva enfin la liberté
de s'inscrire au cours du soir, en atelier libre, à l'Ecole
des Beaux-Arts de l'Aître Saint-Maclou (Rouen). Il eut pour
professeurs Sauvé qui, de son propre aveu, lui inculqua le
« côté fou » de la peinture et Savary qui
le consolida dans l'amour du métier. Si son style se distingue
de celui de ses « maîtres », il n'a jamais renié
ce qu'il peut leur devoir, car nul ne se construit sans l'apport
chaleureux des autres. Vivant, comme beaucoup, de son deuxième
métier Contremoulin put exposer à vingt ans au sein
de l'entreprise à laquelle il se consacrait. Quand il eut
vingt-huit ans, l'Atelier D.P. et la Galerie Menuisement de Rouen
lui permirent de présenter ses deux premières expositions
particulières. Notre confrère André Ruellan
le relaya chaleureusement dans ses démarches faute de quoi
il n'aurait sans doute jamais osé franchir le pas. C'est
en tout cas ce qu'il prétend. Peindre est une chose, se faire
valoir en est une autre, certains excellant surtout à se
parer de dons qu'ils aimeraient bien posséder. On peut donc
tout à fait comprendre la discrétion de Jean-François.
Au milieu des années 1980, l'Atelier 87, qui était
situé rive gauche, dans le quartier Saint- Sever, à
Rouen, lui ouvrit à son tour ses cimaises. En revanche, il
participa à très peu de salons rouennais. Contremoulin
parallèlement fréquenta l'atelier de gravure d'Emmanuel
Lemardelé, artiste dont la modestie a un peu nui à
la carrière car il s'agit, selon nous, d'un peintre et pastelliste
de très grande valeur. Cette étape amena Jean- François
à construire sa propre presse. En exposition collective,
il faut aussi ne pas omettre d'inscrire la galerie Doré de
Rouen au palmarès et l'épisode de Longueville-sur-
Scie qui permit à l'artiste de rencontrer Gilbert Vincent.
Mais c'est surtout la galerie Ars Longa, fondée par Jean-Marc
Jouveau, qui donna à Contremoulin l'occasion de montrer à
plusieurs reprises l'évolution de son travail. A cinquante
deux ans, J.-F. Contremoulin réussit à se faire embaucher
comme cadre d'entreprise. Mais il démissionna deux ans plus
tard, préférant l'opportunité d'une mission
intérimaire moins « oppressante ». Réaliste,
mais jaloux d'une liberté rudement conquise, il ne tient
pas à renier sa muse tout en ne cessant de s'affirmer comme
un autodidacte (cela ne vaut-il pas mieux que d'être l'éternel
élève d'un autre ?). Très sensible à
l'environnement, Contremoulin a une conscience aiguë de la
nature et des dommages que l'homme lui fait quotidiennement endurer.
La série d'œuvres qu'il livra sur le thème des
usines ne laisse guère planer de doute sur son sens de l'écologie.
Les thèmes du peintre
Les grands thèmes récurrents de Jean-François
Contremoulin s'inscrivent dans trois directions principales : le
paysage, le nu, l'autoportrait, ce dernier étant l'exutoire
de ses états d'âme personnels. Le plus souvent, il
met en scène une part avouée de ses doutes et de sa
souffrance, préférant par pudeur épargner le
visage des autres dès qu'il s'agit de peindre ce qui relève
de l'inquiétude. Quant à ses choix techniques, ils
sont extrêmement variés, allant de l'aquarelle (qu'il
utilise souvent sous forme de bâtons), au pastel, de la gouache
à l'huile dont il aime la transparence et la fluidité.
Mais il adore également sculpter. Très attiré
par le papier qu'il détrempe à grande eau avant d'appliquer
la couleur, il construit pas à pas une œuvre dont le
style énergique s'impose, naviguant entre figuration et abstraction,
ce choix dépendant pour beaucoup du sujet qu'il aborde. Ses
jardins arborent souvent une grande liberté de ton, usant
régulièrement de couleurs acides et stridentes, alors
que ses grands nus irisés et comme transparents possèdent
une douceur ineffable, une suprême onctuosité. Quant
aux autoportraits, ils servent de canal d'écoulement aux
angoisses. Il est assez frappant de constater qu'avant l'âge
de quarante ans, Contremoulin peignait ses nus à l'huile.
Ensuite, il entreprit résolument de se tourner vers l'aquarelle,
médium dont la légèreté suggère
un abord différent et plus libre du corps. Les courbes parfaites
ou distordues illustrent avec une force peu commune l'inexprimable
sensualité des femmes. «Le corps de l'homme, note-t-il,
est apparu beaucoup plus tard dans ma peinture. L'acceptation de
mon propre corps en fut l'élément déclencheur
». Le regard que Contremoulin porte sur la nature est empreint
de chaleur et d'une grande spontanéité. Il lui voue
une immense tendresse, ne dédaignant pas cet humour qui est
le sel de l'existence. Ainsi en va-t-il de ses vaches, transcrites
avec un rare talent. On retrouve la même verve dans les champs
de colza, les plans d'eau, les rivages venteux et les falaises du
Pays de Caux. Plus récemment, une « commande »
fut à l'origine d'une quête assez singulière.
Et voici qu'apparut la procession des escargots empruntant au raku
une palette des plus feutrées. L'écrivain Henri Vincenot
eût sans nul doute aimé ce défilé de
gastéropodes qui nous rappelle que la peinture et la cuisine
procèdent du même art de vivre.
Luis PORQUET
Peintre de l'instinct, empreint d'une approche plastique
tout en énergie et en force mais en même temps
fait de retenue, Jean-François CONTREMOULIN nous étonne,
nous émerveille par son travail autour des visages
et des corps. Dans un geste sûr, jamais hésitant,
le peintre nous livre à vif ses émotions. Longtemps
un peintre puissant mais aussi sensible quand par le jeu des
teintes en glacis, il impose à notre regard des surfaces
de tendresse et d'érotisme à peine voilées.
Définir le peintre est difficile tant les contrastes
sont forts. Personne ne peut rester insensible à un
art parfaitement maîtrisé, parfaitement reconnu,
et qui nous laisse dans l'attente et la joie de découvertes
nouvelles.
"Galerie du Chien Rouge"
English version
Born in 1950.
I really appreciate Jean-François CONTREMOULIN !
I knew him when he began to paint, to come up against others at exhibitions, and when he became disheartened to the point of giving up. But each time that I encouraged him to carry on, he came back better, more personal, more creative, until he obtained the enviable status of a painter of real talent and established himself as a one of the leading figures in contemporary figurative art.
He feels and asserts that he lives his painting intensely, it is integral to his person; and his painting ranges from portraits to nudes via observations of air and water, reminiscent of a great impressionist, a master of exuberant and trembling reflections.
Jean-François CONTREMOULIN, however, has no time for movements, for fashions: he is a man of emotion, sensuality, impulse and he captures so well poetry, subtlety, and sensitivity through sweeping yet deliberate gestures, and through a magical instinct which he displays in his composition which is daring, enlightened, and allows no room for second chances.
Moreover, in conclusion, this native of Bois-Guillaume, France, recently won the great international prize for watercolour at Tregastel. It speaks for itself!
André RUELLAN, Art Critic
A great lover of life
Attracted to artwork by masters ever since he can remember, J.F. Contremoulin as a child collected reproductions of paintings whenever and wherever he could find them. He started painting, then, in his childhood, a time when he already enjoyed shaping the smallest piece of wood that fell into his hands. While at primary school, he won several prizes for his painting. These competitions were organised by the company Lefranc-Bourgoeois and were not inconsequential. Well-known artists (such as César ou Carzou) were members of the jury. The young Jean-François must have been eight or nine years old when he recieved these awards that stimulated him greatly. Despite his early talent, his parents nevertheless refused to allow him to take lessons at the school of Beaux-Arts. After that, he had no choice but to wait and be patient, never in any way abandoning his burning passion : his love for painting. At 23, Contremoulin finally found the freedom to enrol for evening classes, an open workshop, at the Ecole des Beaux-Arts de l’Aître Saint-Maclou at Rouen. His teachers included Sauvé, who, on his own admission, inculcated the “mad side” of painting into his student, and Savary, who reinforced Contremoulin’s love of the profession. Although his style may differ somewhat from that of his ‘masters’, he has never denied that they influenced him, since nothing is built without the generous contribution of others. Earning his living from his second job, as many do, Contremoulin at twenty years of age was able to exhibit work through the company he worked for. When he was twenty-eight, Rouen galleries Atelier D.P and Galerie Menuisement enabled him to hold his two first private exhibitions. Our colleague André Ruellan kindly took over the procedures and without his help the artist would never have dared take the plunge. That is what he claims, anyway. Painting is one thing, selling oneself is another; some people excel especially in clothing themselves with talents that they would love to possess. In this light, Jean-François’ discretion is completely understandable. In the middle of the 1980s, Atelier 87, which is situated on the left bank in the Saint-Sever district in Rouen, made available its exhibition space to him. However, he took part in very few of the Rouen salons. Instead, Contremoulin frequented the engraving studio of Emmanuel Lemardelé, an artist whose modesty has hindered a little his career because we think he is a painter and pastellist of great merit. This stage led to Contremoulin building his own engraving press. As for joint exhibitions, the one held at the Rouen gallery Doré must be counted as a great success as well as the experience at Longueville-sur-Scie which allowed the artist to meet Gilbert Vincent. Yet the the most important is perhaps the gallery Ars Longa, founded by Jean-Marc Jouveau, as it gave Contremoulin the opportunity to exhibit on several occasions and show the evolution in his work. At fifty-two years of age, J.-F. Contremoulin was employed as a company manager. But he resigned two years later, prefering an opening in a part-time post that was less “oppressive”. Realistic, yet jealously guarding his new found freedom, he cannot bear to deny his Muse and persistently claims he teaches himself (surely better than forever being somebody else’s student ?). Sensitive to environmental issues, Contremoulin is acutely aware of nature and the damage that humans inflict upon it on a daily basis. His series of works on the theme of factories hardly leaves any doubt as to his ecological credentials.
The painter’s themes.
The important recurrent themes in Jean-François Contremoulin’s work fall into three principal categories: lanscapes, nudes, and self-portraits, the latter being an outlet for his personal states of mind. Very often, he portrays some of his doubts and suffering, prefering to spare the faces of others when it comes to expressing feelings of anxiety. As for his technical choices, they are extremely varied, ranging from watercolour (which he often uses in the form of sticks), to pastel, and from gouache to oil paint which he likes for its transparent and fluid qualities. But he loves sculpting as well. He finds it very appealing to water-down paper before applying colour, and build up little by little a work out of which an energetic style emerges, varying between the figurative or abstract, a choice that depends largely on the subject undertaken. His garden landscapes often display a great freedom of colour and frequently feature acidic and strident tones, whereas his iridescent and almost transparent nudes possess an indescribable softness and a sublime smoothness. As for the self-portraits, they serve as outlets for his anguish. It is striking to note that before he was forty, Contremoulin used oil to paint his nudes. Then, he decided to turn to watercolour, a medium with a lightness that offers an original and freer approach to painting bodies. Perfect or distorted curves illustrate with rare force the inexpressable sensuality of women. “The male body” he notes “ appeared much later in my painting. Learning to accept my own body was what prompted it.” Contremoulin’s perception of nature is characterised by warmth and a great spontaneity. He imbues it with immense tenderness, not depriving it that humour which is the salt of existence. This is how he paints his cows which are transfered to paper with rare talent. The same spirited wit can be found in the rape fields, the stretches of water, the windy shores and the cliffs of Pays de Caux. More recently, a ‘commission’ was the origin of a rather peculiar venture. The result was the procession of snails that borrow their subdued palette of colours from raku (a kind of lead-glazed Japanese earthenware). The writer Henri Vincenot would have undoubtedly liked this line of gastropods which reminds us that painting and cooking derive from the same ‘art de vivre’.
Luis Porquet
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